Raymond H. Kévorkian Durant tout le processus qui aboutit
à l’extermination des Arméniens ottomans, les
possibilités d’échapper au sort commun furent
extrêmement rares, voire inexistantes. On sait certes que
quelques Arméniens échappèrent à la mort
grâces à des diplomates représentants de la
Bulgarie, alors alliée de L’Empire ottoman, ou encore
que certains notables déportés le 24 avril 1915 furent
sauvés grâce à l’intervention de membres de
la famille impériale, comme le P. Gomidas ou le Dr Vahram
torkomian — au demeurant des personnalités bien peu
dangereuses aux yeux des chefs jeunes-turcs. Cependant, aucun de ces
exemples n’est comparable à l’ampleur du projet
qui fut mis sur pied par certains cercles arméniens non
ottomans, en décembre 1915, pour sauver les quelques centaines
de milliers de déportés encore présents en Syrie
à cette date. Ce projet impliquait en effet les puissances de
l’Entente et surtout Ahmed Djémal, commandant de la IVe
armée ottomane et maître de fait de ces
régions.
Si, durant la première phase du
génocide, au cours du printemps et de l’été
1915, quelque 800 000 Arméniens trouvèrent la mort en
Asie Mineure, il faut rappeler que, durant sa seconde phase, 870 000
déportés sont parvenus en Syrie ou en
Mésopotamie et que plus de la moitié était
encore vivante en décembre 1915, lorsque les
négociations avec Djémal pacha furent entamées
(1). Cependant, alors que la première phase du génocide
est surtout localisée dans les provinces arméniennes et
l’œuvre de l’Organisation Spéciale de
Behaeddin
£akir, l’élimination
des déportés dans les vingt-cinq camps de concentration
des déserts de Syrie est orchestrée par un autre
organisme aux allures officielles, la Sous-direction des
Déportés, dont le siège est établi
à Alep.
La Sous-direction des Déportés
Compte tenu de son rôle et de son
implication dans le dossier qui nous intéresse ici, il nous
faut en dire deux mots. Dès la fin de l’été
1915, il devenait évident pour les Jeunes Turcs qu’il n’était
plus possible de gérer la masse de déportés
présente dans ces régions avec les mêmes
méthodes. Dorénavant les déportés ont
affaire à une structure spécialement
créée pour gérer leur liquidation physique
à l’abri des regards, la Sous-direction des
Déportés. Elle est officiellement sous la tutelle de la
Direction générale de l’installation des Tribus
et des Réfugiés (Iskân-ı AÒayir
ve Muhacirin Umumi Müdürlüfiü),
dirigée par £ükrü
[Kaya] (2), une créature de Mehmed Talaat, portant
plus communément le titre de directeur général
des Déportations (Sevkiyat Reisi Umumisi). Ce service
était lui-même rattaché au département de
la Sécurité du ministère de l’Intérieur,
mais, les termes employés dans un télégramme
chiffré de Behaeddin £akir,
coordonnateur de l’Organisation spéciale, à
Djémal pacha, cité par le chef d’état-major
de ce dernier, semble indiquer que le chef de l’Organisation
spéciale était le véritable patron de la
direction stambouliote chargée des déportés
arméniens (3). Nous savons du reste que les çete de l’Organisation
spéciale mirent la main à la pâte dans les camps
de concentration de Bab, de Mounboudj, de Ras ul-Aïn,
Meskéné et Deir-Zor, etc., en coopérant
étroitement avec les fonctionnaires de la Sous-direction des
Déportés. Dans les chantiers ferroviaires de l’Amanus,
qui abritèrent durant des mois des déportés
arméniens, les activités de l’Organisation
spéciale et de la Sous-direction des Déportés
étaient aussi étroitement imbriquées. On peut
souligner cette imbrication en soulignant que le capitaine en
retraite Avni était tout à la fois chef des çete
d’Adana et directeur des déportations de l’Amanus —
proche collaborateur de Djevdet — parent proche du
généralissime Enver pacha — il fut muté de
Van à la préfecture d’Adana après avoir
achevé sa tâche au nord. Quoi qu’officiellement
dépendants de ministères différents, il semble
que ces deux organismes étaient en fait directement sous l’autorité
de B. £akir et du Comité
central jeune-turc.
Dans la note de l’ambassadeur
autrichien datée du 31 novembre 1915, Abdulahad Nuri bey,
directeur de cet organe (Sevkiyat Müdürü),
révèle du reste au diplomate le rôle
dévolu à son organisme : Sa « charge consistera
à s’occuper de l’expédition de tous les
Arméniens vers la Mésopotamie [...] De tous les
points de Turquie, les Arméniens doivent être
dirigés sur le sandjak de Zor et en Mésopotamie.
ça découle d’une décision
irrévocable du Comité Union et Progrès »
(4). Le rôle de la direction de l’Ittihad dans l’organisation
directe du génocide y est encore une fois clairement
mentionné. Nous ne disposons toutefois pas d’éléments
nous permettant de préciser à quelle date exacte Nouri
fut nommé à la tête de cette Sous-direction, mais
nous savons qu’elle fut mise en place dans le courant de l’automne
1915, lorsque £ükrü se
rendit en personne à Alep pour y superviser l’organisation
de la direction du Sevkiyat (5). Il est en effet établi que
Chükrü passa plusieurs mois dans la métropole
syrienne, affairé à mettre en œuvre le programme d’extermination
des déportés que le CUP lui avait confié, et qu’il
rencontra pas mal de difficulté pour trouver les hommes
susceptibles de mener à bien les opérations (6). Il dut
notamment affronter l’hostilité du préfet d’Alep,
Djelal bey, que Mehmed Talaat se chargea bien vite, sur les
recommandations de £ükrü,
de destituer et de remplacer par l’ex-préfet du vilayet
de Bitlis, Moustapha Abdulhalik, qui prit ses fonctions le 4/17
octobre 1915 (7). Cela confirme en tout cas que £ükrü
[Kaya] était déjà à Alep depuis
septembre, c’est-à-dire au moment même où
les plus importants convois de déportés affluaient dans
la région, en attendant probablement la nomination du
directeur local, Nouri bey, qui ne fut officiellement
désigné que dans les semaines suivantes, vers la
mi-octobre (8). D’après les minutes du procès des
Jeunes-Turcs, Nouri s’était prévalu, une fois en
poste et pour conforter son autorité auprès des hauts
fonctionnaires locaux, d’avoir « personnellement
reçu l’ordre d’extermination du ministre de l’Intérieur
» avant son départ de Constantinople (9).
Révélation qui montre une fois de plus à quel
point le ministre en personne suivait de près les
opérations.
Tous les témoignages montrent
également, sans la moindre ambiguïté, le
rôle joué par la Direction des Déportés
stambouliote dans l’organisation directe des convois provenant
des provinces de l’ouest anatolien et de Thrace et la gestion
des camps de transit de Konia et de Bozanti, avant même la mise
en place de sa Sous-direction d’Alep.
Ahmed Djémal et les déportés
arméniens
Avec sa double charge de ministre de la Marine et de commandant de
la ive armée, Ahmed Djémal était en principe
seul maître à bord en Syrie, au Liban et en Palestine.
On a cependant déjà remarqué — l’affaire
des travailleurs arméniens des tunnels de l’Amanus en
est une excellente illustration — que Djémal pacha n’eut
bien souvent d’autre choix que de se soumettre à la
branche dure du Comité Union et Progrès. Les
prérogatives politiques de cette dernière semblent
avoir presque toujours dominé les priorités militaires
dont il avait la charge avec les alliés allemands. On peut
cependant se demander, s’il était ou non partisan de l’extermination
complète des Arméniens. Avant même de tenter de
donner un début de réponse à cette question, il
faut d’abord rappeler que Djémal mena pour le moins une
politique musclée à l’égard des
populations arabes de son secteur — qu’elles soient
chrétiennes ou musulmanes — et qu’il n’est
un secret pour personne que la liquidation des Arabes était,
dans l’esprit des Jeunes-Turcs et surtout dans celui de
Djémal pacha, une autre des « priorités nationales
». Son plaidoyer, publié en français au cours de
la Première Guerre mondiale, visant à se disculper des
actes barbares qu’il accomplit à cette époque,
est suffisamment éloquent à cet égard (10). Il
est donc acquis que Djémal n’était pas
opposé à la politique de turquisation de l’Empire
ottoman mise en œuvre par son parti et par conséquent
probablement pas à la liquidation des populations
arméniennes. Son opposition, autant qu’on puisse en
juger, relevait plutôt d’une certaine rationalité
militaire : il donnait tout simplement priorité à son
action militaire et voulait pouvoir profiter de la force de travail
des rescapés arméniens avant de les liquider. Elle
était sans doute aussi accentuée par le peu de
sympathie qu’il éprouvait pour les Allemands et sa
francophilie effective ou supposée — il était,
comme beaucoup de cadres du pays, parfaitement francophone.
Ceci dit, il faut bien constater que quelque
130 000 Arméniens de la ligne
Hama-Homs-Damas-Jérusalem, qui étaient plus directement
sous son autorité — son quartier général
était à Damas —, ne furent pas comme ailleurs,
nous l’avons dit, radicalement exterminés. Plus encore,
en mai 1916, Djémal mit en place une Commission
spéciale, dirigée par Husseïn Kiazim, haut
dignitaire de l’Ittihad et préfet de Damas, et Hassan
Amdja, un officier circassien de son entourage, afin d’organiser
le transfert et l’installation de « 20 000 à 30 000
déportés arméniens » encore présents
dans le Hauran (11). D’après le témoignage d’Hassan
Amdja, qui se rendit à Damas avec Djémal à la
fin du mois d’août 1916, Djémal souhaitait que ces
gens soient progressivement transférés des
déserts du Hauran, où ils mouraient de faim, vers
Beyrouth, Jaffa, etc., — d’après Hassan Amdja,
Damas n’était pas prévu dans les régions d’installation
— où ils pourraient développer une
activité artisanale et gagner leur vie. C’est pour
mettre en œuvre les directives de Djémal que Hassan
Amdja, se rendit à Deraa, le chef-lieu du Hauran, quelques
jours plus tard, en qualité de délégué de
la Commission spéciale chargée des
déportés du Hauran. Sur place, il eut cependant
à surmonter l’hostilité du patron de la
Commission spéciale de Damas — organisme semi-officiel
institué par l’Ittihad dans toutes les régions
pour « s’occuper » des déportés —,
Nechad bey, par ailleurs délégué régional
de l’Ittihad, qui gérait les affaires sur place en
attendant la venue du délégué nouvellement
désigné. Lors de son arrivée, Hassan Amdja,
apprit de son adjoint que « la conversion des
déportés était un fait accompli et qu’un
prêtre arménien avait été mis à
mort par privation de nourriture pour avoir systématiquement
refusé de se convertir à l’islamisme » (12).
Il découvrit par ailleurs ces milliers de personnes à l’état
squelettique « les joues caves, les bras et les jambes comme des
baguettes, ne ressemblant à rien [de] moins qu’à
des momies, [qui] étaient en pleine agonie »
(13). Rapidement, il organisa un plan pour l’expédition
par train des déportés de la région. Il les fit
converger à la gare de Deraa. Après quoi, il entreprit
une visite dans le Djébel montagneux qui domine le
désert du Hauran pour « récupérer
moi-même les veuves et les orphelins et constater
personnellement leur situation. Ces montagnes, depuis leur
création jusqu’à nos jours, n’avaient pas
porté une misère humaine aussi affreuse
[...]». Hassan Amdja, explique ensuite qu’il
visita toute une série de villages où « 30 000
à 40 000 déportés étaient morts du
typhus, de la fièvre récurrente, de la malaria qui
sévissait avec violence [...] J’arrivai à
Hazrakeuy, à une heure de distance de Kéfrendjé.
Ici, 417 personnes étaient mortes sur un total de 500
âmes. Dans les étroites venelles du village des morts
vivants appuyés sur des béquilles avançaient
péniblement » (14). Il réussit néanmoins
à rassembler 400 veuves et orphelins qu’il ramena
à Deraa. Sur place, il organisa trois convois vers Damas —
malgré l’interdiction qui lui était faite d’en
envoyer dans cette zone —, et le reste fut
expédié vers Tripoli de Syrie, Haïfa, Jaffa et
Akkia. Toujours d’après les souvenirs d’Hassan
Amdja, son supérieur officiel, le délégué
de l’Ittihad à Damas Nechad bey, le rappela alors
à l’ordre et lui intima par écrit l’ordre
de cesser ses envois, c’est pourquoi le
délégué de la Commission spéciale du
Hauran se rendit à Damas auprès de Djémal pour
que ce dernier tranche le litige. La rencontre houleuse qui s’ensuivit
entre les trois hommes, soigneusement décrite par Hassan
Amdja, confirme que Dejmal pacha était décidé
à mener à bien son projet de réinstallation de
ces Arméniens au Liban et en Palestine. Celui-ci
réussit en effet à démettre de ses fonctions le
délégué de l’Ittihad et fit nommer le
préfet de Damas, Tahsin bey, responsable des
déportés. Le 25 septembre Hassan Amdja, et le
préfet Tahsin étaient de retour à Deraa et l’expédition
des convois reprit momentanément (15).
Même si ce projet ne connut pas le
développement escompté — trop de
déportés étaient déjà morts et il
ne restait plus que 3 000 à 4 000 Arméniens dans le
Hauran —, Djémal semble, par cette initiative, avoir
voulu éviter une solution finale radicale pour les
déportés arméniens directement sous sa coupe. Il
affirme lui-même, dans ses Mémoires (16), qu’il a
conçu le projet car « Je pensais préférable
d’en amener une grande partie dans les vilayets syriens de
Beyrouth et d’Alep », sans toutefois nous
révéler les objectifs qu’il poursuivait ainsi.
Avant de livrer notre point de vue sur la question, il nous faut
présenter le dossier plus complètement.
L’affaire est en effet
compliquée par un autre paramètre : la politique de
conversion forcée à l’islam
systématiquement mise en œuvre parmi les
déportés arméniens de l’axe
Alep-Damas-Jérusalem-Maan à partir de mai/juin 1916 par
les Commissions spéciales confiées à des Jeunes
Turcs de la branche dure, ainsi que nous venons de le voir. Certes,
la possibilité de se convertir était, depuis le
début de la politique génocidaire, une sorte de mythe
entretenu parmi les déportés pour leur laisser croire
qu’ils avaient encore une porte de sortie. Certes, cette arme
fut habilement utilisée pour, dans certains cas, apaiser un
éventuel mouvement de désespoir ou, dans d’autres
circonstances, différer la déportation d’une
frange de la population et différencier provisoirement le sort
des uns vis-à-vis des autres. Mais, la conversion
forcée des Arméniens ne fut alors à aucun moment
une option sérieusement envisagée par le Comité
unioniste. Nous en voulons pour preuve que les conversions qui eurent
lieu ici et là durant la première phase du
génocide ne sauvèrent que rarement les populations qui
se prêtaient à ce jeu. Dans le meilleur des cas, elles
permettaient de différer la déportation en entretenant
chez les bénéficiaires l’espoir de se sortir du
piège. Les autorités étaient du reste tellement
inquiètes à la seule idée qu’une frange de
la nation arménienne pourrait ainsi échapper à l’extermination,
qu’elles allèrent jusqu’à codifier les
procédures de conversion en publiant une sorte de mode d’emploi
aux exigences telles qu’il était toujours possible de
rejeter une demande (17). La campagne du printemps 1916 était
toutefois d’une tout autre nature, puisqu’elle
était mise en œuvre alors que l’extermination de la
majorité de la population arménienne de l’Empire
était déjà acquise, et qu’elle ne visait
directement que les « Arméniens de Djémal »,
que lui-même évalue à environ 150 000 personnes
essentiellement réparties entre Hama et Damas.
Cette question n’est en tout cas pas
passée inaperçue parmi les diplomates en poste dans la
région. D’après l’ambassadeur d’Allemagne,
Metternich, c’est en mai 1916 que des informations persistantes
faisant état de conversions forcées parvinrent jusqu’à
l’ambassade. Mais, écrit-il, « le gouvernement
central de Constantinople a toujours contesté l’exactitude
de ces faits. Halil bey et Talaat bey m’ont assuré, l’un
comme l’autre, à plusieurs reprises, qu’ils n’avaient
pas la moindre intention de nuire aux éléments
chrétiens de la population arménienne » (18). Le
26 juin 1916, le consul allemand à Jérusalem, le Dr
Brode, fait savoir que les déportés établis en
Transjordanie ont été convertis de force, notamment 3
500 personnes établies à Deraa (19). Le son de cloche
est le même à Damas dont le consul Loytved, dans une
note du 30 juin, se fait l’écho : « Les
Arméniens sont tous plus ou moins contraints de se faire
musulmans » (20). Les diplomates allemands d’Alep
rapportent également des faits indiquant qu’une campagne
systématique a été mise en œuvre : «
Au cours des dernières semaines, à Hama, Homs, Damas,
etc., les déportés, menacés d’être
chassés plus loin encore, ont dû se convertir en masse
à l’islam (l’information émane de plusieurs
sources qui, toutes, se recoupent). La procédure est
strictement bureaucratique : dépôt de demande, puis
changement de nom [...] Apparemment, les promoteurs de ce
plan ont à l’esprit des exemples qui datent de l’époque
de la conquête ottomane » (21). Ces dernières
informations, émanant d’un homme qui vit depuis une
dizaine d’années dans l’Empire ottoman et
connaît parfaitement la psychologie de ses dirigeants, ne
laissent plus guère de doute sur la volonté effective
du Comité jeune-turc de parachever son œuvre en
turquisant les « Arméniens de Djémal ». Dans
la mesure où la campagne de conversion se fit surtout avant l’arrivée
de Hassan Amdja, à Deraa, c’est-à-dire sous l’autorité
de Djémal et du préfet local qui était sans
doute à sa botte, nous n’avons pas de raison de penser
que Djémal était opposé à cette campagne.
Même si son projet de « réinstallation »
était sérieux — nous n’avons pas de raisons
d’en douter —, la conversion des nouveaux migrants ne
pouvait que le satisfaire.
Sans doute interpellées par les
organisations caritatives chrétiennes travaillant dans l’Empire
ottoman, les autorités allemandes réagirent à l’entreprise
de conversion forcée développée par les
Jeunes-Turcs. Le ministère des Affaires
étrangères allemand que l’extermination autrement
violente qui précéda n’avait pas tant
mobilisé, alla jusqu’à demander au chargé
d’Affaire à Constantinople de faire savoir en haut lieu
que cette manière de faire était intolérable,
car « contrairement à toutes les protestations des Turcs,
les Arméniens déportés continuent à
être convertis de force à l’islam » (22).
Mais, ces protestations de pure forme ne
pesaient en rien dans la partie sans pitié que se livraient
déjà depuis un certain temps Mehmed Talaat et Ahmed
Djémal, dont les objectifs comme les personnalités
étaient divergents. Leur antagonisme dépassait bien
évidemment le seul cadre de « l’affaire
arménienne » et était plus une lutte pour le
pouvoir qu’autre chose. Toutefois, le cas des
déportés, les interférences constantes des
délégués du Comité unioniste dans les
affaires locales, ne cessait d’alimenter l’amertume de
Djémal. Un télégramme adressé par Talaat
à Djémal le 5/18 février 1916 donne quelques
indications sur le bras de fer qui les opposa concernant le sort
à réserver aux déportés (23). Le ministre
de l’Intérieur y demande tout simplement au ministre de
la Marine de ne plus déplacer de leurs lieux de
résidence les déportés arméniens. Ce qui
indique que Djémal procédait alors à des
déplacements de populations, même si cette tâche
ne relevait pas de ses compétences et allait à l’encontre
des directives envoyées aux préfets,
sous-préfets et autres fonctionnaires des Sevkiyat par
Constantinople. Nous avons du reste déjà observé
que Djémal s’était également battu, de
décembre 1915 au printemps 1916, pour empêcher que les
déportés-ouvriers travaillant au percement des tunnels
de l’Amanus, ne soient immédiatement exterminés.
Si cette dernière démarche peut effectivement s’expliquer
par des raisons militaires, d’autres sont plus difficiles
à justifier par ce seul critère. Djémal avait
donc de bonnes raisons pour s’opposer ainsi à l’entreprise
de ses collègues jeunes-turcs, et celles-ci n’étaient
pas vraiment, comme nous allons le voir maintenant, le fait de sa
répulsion morale face à leurs actions
destructrices.
Les négociations entre Ahmed Djémal et les
puissances de l’Entente
Les dépouillements de nombreux fonds d’archives
occidentaux opérés ces dernières années,
nous permettent aujourd’hui d’avancer une piste
susceptible de donner une explication satisfaisante à cette
interrogation. Un document du Foreign Office (24), ainsi qu’une
correspondance énigmatique entre le Dr Hagop Zavrieff, un des
leaders dachnaks proches des milieux impériaux de
Saint-Pétersbourg, et Boghos Nubar, président de la
Délégation nationale arménienne établie
à Paris (25), complétés par des notes
conservées dans les Archives des ministères des
Affaires étrangères français et russe (26), nous
apprennent qu’Ahmed Djémal entama dans le plus grand
secret, en décembre 1915, des négociations qui auraient
dû associer Anglais, Français et Russes dans un projet
commun de déstabilisation de l’intérieur de l’Empire
ottoman. Parmi les points abordés, il faut surtout noter que
Djémal se montrait alors disposé à mener une
expédition militaire contre Constantinople, visant
évidemment à abattre le régime jeune-turc, en
échange du maintien de l’intégrité
territoriale de la Turquie d’Asie, « la Syrie, la
Palestine, la Mésopotamie, l’Arabie, l’Arménie
avec la Cilicie et le Kurdistan » et, surtout, de la garantie d’être
proclamé sultan en lieu et place de la maison d’Osman,
avec un droit d’hérédité pour sa famille.
Une des clauses de la proposition concernait en outre le sort des
déportés pour lesquels Djémal offrait de «
prendre dès à présent des mesures pour sauver la
population arménienne et subvenir à son ravitaillement
jusqu’à la fin de la guerre » (27). Le projet en
sept points, publié par Arthur Beylerian d’après
l’exemplaire conservé dans les Archives du Quai d’Orsay
(28), ainsi que les correspondances échangées entre
Russes, Français et Anglais, indiquent clairement que l’initiative
vient des milieux russes, mais est inspirée par les cercles
arméniens de Russie. Cependant, cette tentative
interfère dans les négociations franco-anglaises
Sykes-Picot sur l’avenir du Proche-Orient.
L’âme de cette opération
est le Dr Hagop Zavrieff, un aristocrate moscovite au profil atypique
en milieu arménien (29). Déjà fort actif
à Saint-Pétersbourg durant les négociations qui
aboutirent, le 8 février 1914, à l’adoption du
décret impérial ottoman prévoyant des
réformes dans les provinces arméniennes et la
nomination de deux inspecteurs européens pour leur mise en œuvre,
le Dr Zavrieff redoubla d’activité au cours des
années 1915-1916. Informé des déportations et
des massacres que les Arméniens de l’Empire ottoman
enduraient depuis le printemps 1915, il entreprit, en accord avec son
parti, de trouver le moyen de sauver ceux qui pouvaient l’être.
C’est à cet effet qu’il se rendit à Londres
en août 1915, sans obtenir de résultats tangibles (30).
Il semble cependant que la situation se soit quelque peu
débloquée en décembre 1915, date à
laquelle le Dr Zavrieff se trouvait à Bucarest. La
première information sur la question émane de l’ambassadeur
russe dans la capitale roumaine, S. A. Poklevsky, qui indique, dans
un télégramme à son ministre des Affaires
étrangères, Sazonoff, du 11 décembre 1915, que
« Zavrieff a reçu des informations relatives à la
rupture qui vient de se produire entre Djémal pacha et le
gouvernement turc, ce qui laisse augurer d’une
possibilité de le retourner contre Constantinople si les
puissances de l’Entente lui promettent qu’il
régnera sur le Proche-Orient. Zavrieff demande dans quelle
mesure cela correspond aux [projets] audacieux du
gouvernement impérial. Dans ce cas, les Arméniens sont
en mesure de prendre langue avec Djémal » (31). Les
échos à cette approche ne se firent pas attendre. Dans
les jours qui suivirent, le ministre Sazonoff chargea son ambassadeur
à Paris, Alexandre Isvolsky de prendre langue avec les
Français et les Anglais pour voir s’ils étaient
disposés à suivre la Russie sur ce terrain (32).
Même si la proposition ne manquait pas d’intérêt,
elle avait l’inconvénient d’entrer en
contradiction avec les « arrangements » pris entre les
membres de l’Entente dans la perspective du
dépeçage de l’Empire ottoman à la fin de
la guerre. Promettre à Djémal les régions
orientales de l’empire revenait à priver la France et l’Angleterre
de leurs « à valoir ». La réaction
initialement hostile d’Aristide Briand, le président du
Conseil et ministre des Affaires étrangères
français, ne fut donc pas une surprise (33). La réponse
de l’ambassadeur français à Pétrograd,
Paléologue, à Aristide Briand, révèle en
fait que « Les suggestions de Djémal pacha ont
été portées à la connaissance du
gouvernement russe par un de ses agents secrets en Arménie,
médecin de profession, [le Dr Zavrieff] qui
réside actuellement à Bucarest » (34). D’abord
présentée comme un projet russe, l’affaire est
finalement qualifiée de « plan arménien
[...] qui n’impliquerait nullement l’adoption de
tous les points mis en avant par les Arméniens » (35). Il
ressort de ces premières approches que c’est le Dr
Zavrieff qui trouva à Bucarest — pays neutre où
les intermédiaires de tout poil devaient grouiller à
cette époque — le moyen de rentrer en contact avec
Djémal dès qu’il eut vent du contentieux qui l’opposait
à ses collègues stambouliotes. Sans doute aussi
comprit-il alors que Djémal songeait très
sérieusement à se tailler un fief personnel à
cheval sur le monde arabe et l’Asie Mineure en profitant de sa
position clef dans ces régions. Mais en prenant cette
initiative, H. Zavrieff visait surtout à sauver les centaines
de milliers d’Arméniens encore concentrés dans
les déserts de Syrie et de Mésopotamie et en train de s’y
consumer. Sa correspondance avec Boghos Nubar et les échos de
leurs entrevues à Paris, en février 1916, indiquent qu’une
étroite collaboration existait entre la
Délégation nationale arménienne dirigée
par Nubar et la direction du parti dachnag qui avait confié ce
dossier à Hagop Zavrieff. Dans une lettre envoyée de
Stockholm le 8 février 1916, ce dernier informe Nubar qu’il
vient à Paris « pour une affaire qui intéresse
notre gouvernement, avec le consentement de mes camarades » et
que « je serais bien heureux de passer chez vous pour faire un
rapport et vous consulter » (36). Malgré les obstacles
rencontrés, le Dr Zavrieff ne se décourage pas. Rendu
à Paris quelques jours plus tard, il informe son
collègue arménien : « On m’a
téléphoné que Mr [Alexandre] Isvolsky me
recevra dimanche à 2 h 30 m.p. Il n’est pas
pressé, probablement, pour me voir » (37). Dans sa
dernière note à Nubar, datée du 24
février, il l’informe de son entrevue avec l’ambassadeur
russe : « Je lui ai lu mon rapport. Il m’a
questionné sur les différents points dudit rapport. Il
m’a prié de le lui laisser pour étudier la
question et pour relire toutes dépêches reçues
qui l’en touchent. Probablement, il demandera des
renseignements de son [sic] gouvernement. Il m’a dit qu’il
me demandera de venir le revoir aussitôt qu’il
arrêtera quelque décision » (38).
Tout cela tend à montrer que le
fossé qui s’était creusé entre la branche
dure de l’Ittihad, menée par Mehmed Talaat, et Ahmed
Djémal était beaucoup plus profond qu’on ne l’imaginait
; que Djémal songeait déjà à consommer sa
rupture avec Stamboul dès décembre 1915 ; que le sort
des déportés de Syrie et de Mésopotamie n’était
qu’une monnaie d’échange dans la perspective d’une
négociation avec les puissances de l’Entente ; que ses
quelques initiatives d’août 1916 pour réinstaller
des survivants arméniens du Hauran dans les régions
côtières n’étaient pas
nécessairement liées à l’affaire de
décembre 1915, mais visaient plutôt à dynamiser l’économie
d’une région qu’il songeait encore à s’approprier.
Ceci dit, il faut souligner que les
réticences à ce projet d’Aristide Briand et de
Lord Gray ne furent jamais vraiment surmontées. Leur homologue
russe Sazonov ne parvint pas à les persuader d’entrer en
négociation avec Djémal, bien qu’un accord avec
ce dernier ne les engeagât que bien peu et que la
possibilité de déstabiliser le régime jeune-turc
ne devait pas être négligée. Il est vrai que les
forces russes avaient alors pris le contrôle d’une bonne
partie de l’Anatolie orientale et étaient les
premières intéressées par la perspective d’un
affrontement entre Djémal et le pouvoir central, lequel
pouvait lui ouvrir les portes de Constantinople. Or, c’est
précisément le sort de la capitale ottomane, qu’Anglais
et Français pouvaient difficilement accepter de voir tomber
aux mains des Russes, qui fut probablement l’élément
décisif ayant fait échouer ce projet et scella
définitivement le sort des déportés
arméniens (39).
Pour un bilan de la deuxième phase du génocide
Ce projet avorté ne doit cependant pas dissimuler le bilan
sanglant à mettre à l’actif de la Sous-direction
des déportés d’Alep, dont nous avons par ailleurs
évalué l’efficacité en tentant de
répondre avec le plus de précision possible à
plusieurs questions (40) : Quel fut le sort des quelque 870 000
déportés qui arrivèrent dans les déserts
de Syrie et de Mésopotamie ? Combien de déportés
trouvèrent la mort dans les camps de concentration, sur les
routes ou au cours des massacres organisés à Ras
ul-Aïn et Deir-Zor ? Combien de rescapés subsistaient
lorsque l’armistice fut signé, à l’automne
1918?
Dans les camps de concentration, les pertes
humaines peuvent être évaluées ainsi :
— Camp de transit de Bozanti
(été-automne 1915) : c. 10 000 morts de la famine et
des épidémies.
— Camp de concentration de Mamoura
(été-automne 1915) : c. 40 000 morts de la famine et
des épidémies.
— Camp de concentration d’Islahiyé
(août 1915-début 1916) : c. 60 000 morts de la famine et
des épidémies.
— Camps de travail des tunnels de l’Amanus
(Mai-juin 1916) : 30 000 personnes massacrées sur la route de
Marach et au-delà en plusieurs convois.
— Camps de concentration de Radjo, de
Katma et d’Azaz (automne 1915-printemps 1916) : c. 60 000 morts
de la famine et des épidémies.
— Camps de concentration de Bab et d’Akhtérim
(octobre 1915-printemps 1916) : c. 50 000 à 60 000 morts de la
famine et des épidémies.
— Camps de concentration de
Lalé et Téfridjé (décembre
1915-février1916) : c. 5 000 morts de la famine et des
épidémies.
— Camps de concentration de Mounboudj
(automne 1915-février1916) : 0.
— Alep et les camps de concentration
de sa périphérie (été 1915-automne 1918)
: c. 10 000 morts de la famine et des épidémies.
— Camp de concentration de Ras
ul-Aïn (été 1915-avril 1916) : c. 13 000 morts de
la famine et des épidémies et 40 000 massacrés
dans les environs.
— Camp de concentration de
Meskéné (novembre 1915-avril 1916) : c. 60 000 morts de
la famine et des épidémies.
— Camp de concentration de Dipsi
(novembre 1915-avril 1916) : c. 30 000 morts de la famine et des
épidémies.
— Camp de transit d’Abouharar
(novembre 1915-avril 1916) : 0.
— Camp de transit d’Hamam
(novembre 1915-avril 1916) : 0.
— Camp de concentration de
Sébka (face à Rakka) (novembre 1915-juin 1916) : c. 5
000 morts de la famine et des épidémies.
— Camps de concentration de
Deir-Zor-Marat (novembre 1915-décembre 1916) : 192 750, dont
environ 40 000 morts de la famine et des épidémies et
150 000 massacrés entre Souvar et Cheddadiyé.
— Région de Mossoul (automne
1915-janvier 1916) : c. 15 000 personnes massacrées par le
général Halil bey en janvier 1916.
— Régions de
Hama/Homs/Damas/Amman/Hauran/Maan (automne 1915-été
1916) : c. 20 000 morts sur les 132 000 déportés de la
ligne.
On en arrive ainsi à un total d’environ
630 000 morts, dont près de 200 000 massacrés dans les
régions de Ras ul-Aïn et de Deir-Zor.
Quant aux quelque 240 000 rescapés
recensés, ils sont, selon les indications fournies par
différents organismes internationaux ou arméniens,
répartis ainsi : il est acquis que 20 000 à 30 000
femmes et enfants furent vendus à des villageois locaux ou
enlevés par des tribus et y restèrent jusqu’au
lendemain de l’armistice et parfois définitivement,
notamment sur la ligne de l’Euphrate ; environ 40 000
réussirent à subsister en se dissimulant dans des
villages du nord du vilayet d’Alep ; 30 000 autres parvinrent
à se maintenir à Alep, malgré les rafles
régulières opérées par la police et
malgré les informateurs ; environ 5 000 personnes,
arrivées dans la région de Mossoul après les
massacres de janvier 1916, survécurent dans cette
région ; plus de 120 000 Arméniens, officiellement
islamisés, « les Arméniens de Djémal
», échappèrent au destin de leurs compatriotes sur
l’axe Hama, Homs, Damas, Beyrouth, Haïfa, Jaffa,
Jérusalem, Tripoli, Deraa, Amman, Salt, Kérèk,
Maan. Ce « sont des centres où les émigrés
arméniens islamisés, quoiqu’en mouvement jusqu’à
ces derniers temps, vivent cependant relativement tranquilles et ne
subissent pas de trop grandes pertes. Ce sont
généralement les Ciliciens qui sont établis dans
ces parages. Jérusalem est l’abri d’un petit
nombre d’émigrés les plus fortunés »
(41).
Alors que Salih Zéki achevait,
à la fin de décembre 1916, les derniers
Arméniens présents dans la région de Deir-Zor,
Mehmed Talaat accédait peu après, le 22 janvier 1917,
à la charge de grand vizir. Arrivé au plus haut sommet
de l’état, le chef de l’Ittihad se montre, en
privé, bien disposé : « Pour ce qui concerne les
Arméniens, il fera son possible afin de les contenter ; il
permettra le retour des Arméniens éloignés dans
celle des provinces où ce retour sera possible »,
rapporte l’ambassadeur autrichien dans une note du 14
février 1 917 (42).
Rien ne semble en effet démonter l’âme
du Comité Union et Progrès qui, aux dires du diplomate
autrichien, n’hésite pas, trois jours plus tard, «
tout en proclamant dans son programme la justice pour tout Ottoman,
[à faire] avancer ceux qui ont contribué
à l’expulsion ou à l’anéantissement
des Arméniens conformément à ses ordres. Ainsi,
le vali d’Alep Mustafa Abdulhalik bey (Alep était l’office
central par où devaient passer tous les Arméniens qui
se rendaient en exil dans le sandjak de Zor) sera nommé
sous-secrétaire au ministère de l’Intérieur.
Ensuite, Hamdi bey, directeur général adjoint de l’office
central des émigrations à Constantinople (43), son
intime et facteur des plus importants dans l’anéantissement
des Arméniens, est promu Directeur général de ce
service » (44).
1 - Raymond Kévorkian, « L’extermination
des déportés arméniens ottomans dans les camps
de concentration de Syrie-Mésopotamie (1915-1916), la
deuxième phase du génocide », in Revue d’Histoire
arménienne contemporaine II (1998), notamment pp. 7-61.
2 - FO 371/6500, dossiers personnels des
principaux criminels de guerre turcs et notamment celui de
Chükrü bey, publié par Vartkes Yeghiayan, British
Foreign Office Dossiers on the Turkish War Criminals, Pasadena 1991,
pp. 143-146. Il deviendra ministre de l’Intérieur durant
l’ère kémaliste
3 - Ali Fuad Erden, Birinci Dünya
harbinde Suriye hatıraları [Mémoires de la
Première Guerre mondiale en Syrie], Istanbul 1954, p. 217,
cité par V. N. Dadrian, « Documentation of the Armenian
Genocide in Turkish Sources », Genocide : A Critical
Bibliographic Review vol. 2 (1991), pp. 118-119.
4 - Österreichisches Staatsarchiv,
HHStA PA LX, Interna, dossier 272, n° 397.
5 - V. N. Dadrian, « The
Naïm-Andonian Documents on the World War I Destruction of the
Ottoman Armenians - The Anatomy of a Genocide », International
Journal of Middle Eastern Studies, vol. 18 h 3 (1986),
pp. 331-332 et n. 55, se réfère au
témoignage du consul allemand à Alep, Rössler, qui
y rencontra Chükrü à cette époque. Aram
Andonian confirme sa présence à Alep où
Chükrü fit la connaissance d’Onnig Mazloumian, le
patron du fameux Hôtel Baron (cf. Raymond Kévorkian,
« L’extermination... », op. cit., p. 100).
6 - D’après les mémoires
de Naïm Sefa, lui-même fonctionnaire de la Sous-directions
des Déportés, publiées par Aram Andonian,
Documents officiels concerant les massacres arméniens, Paris
1920, p. 27.
7 - FO 371/6501, dossier personnel du
criminel de guerre Moustapha Abdulhalik, publié par V.
Yeghiayan, op. cit., pp. 305-319, avec la transcription de
télégrammes attestant de son activité criminelle
dans les vilayets de Bitlis et d’Alep. Cela ne l’empêcha
pas de devenir ministre de l’Économie dans les
gouvernements kémalistes en fonction dans les années
1930.
8 - J. Khéroyan, nommé
directeur du camp de Ras ul-Aïn à la fin du mois d’octobre
1915, présenta en effet une lettre de mission signée de
Nouri, « chef de la direction des Déportés »
(un des rares cas dans l’histoire du génocide d’un
Arménien maintenu dans des fonctions de ce type). Il faut
cependant préciser que J. Khéroyan (cf. Raymond
Kévorkian, « L’extermination... », op. cit.,
son témoignage, p. 110) avait été nommé
à la demande de Djémal pacha, dont le comportement fut,
nous allons le voir, bien souvent ambigu.
9 - La déclaration du
Chükrü est transcrite dans le Takvim-i Vekâyi
(Journal officiel du gouvernement ottoman), n° 3540,
supplément, interrogatoires, p. 7, cité par V. Dadrian,
« The Textual Analysis of the Key Indictments of the Turkish
Military Tribunal Investigating the Armenian Genocide », Journal
of Political Military Sociology, pp. 139-140.
10 - Djémal pacha, La
vérité sur la Question Syrienne, Istanbul 1916.
11 - Hassan Amdja publia après l’armistice,
en juin 1919, une série de quatre articles relatant cette
affaire dans le quotidien stambouliote Alemdar, avant que les
réactions de l’« opinion publique » ne
contraignent le journal à interrompre la série. Le
quotidien francophone de Constantinople La Renaissance publia une
traduction intégrale de ces articles, sous le titre Faits et
documents, dans le n° 186, p. 3, du 8 juillet 1919, le n°
189, p. 2, du 11 juillet 1919, le n° 192, p. 2, du 15 juillet
1919, et le n° 198, pp. 2-3, du 22 juillet 1919, que nous
reproduisons en annexe, n° 60.
12 - Ibidem, n° 186, du 8 juillet 1919,
p. 3.
13 - Ibidem, n° 189, du 11 juillet
1919, p. 2.
14 - Ibidem, n° 192, du 15 juillet
1919, p. 2.
15 - Ibidem.
16 - Djemal pasha, Memories of a Turkish
Statesman, 1913-1918, Londres 1922, p. 279.
17 - Loi du 26 octobre 1915 : dans un
recueil de documents diplomatiques allemands publiés par
Johannes Lepsius (Deutschland und Armenien, 1914-1918, Potsdam 1919).
Une version abrégée en français du même
recueil a vu le jour sous le titre : Archives du génocide des
Arméniens (Paris 1986), p. 282,
18 - Lepsius, op. cit., pp. 212-213,
dépêche du 11 mai 1916 adressée au chancelier
impérial.
19 - Lepsius, op. cit., p. 214,
dépêche adressée à Metternich.
20 - Lepsius, op. cit., pp. 216-217,
citation reprise dans une dépêche du 10 juillet
adressé par Metternich au chancelier impérial.
21 - Lepsius, op. cit., pp. 223-225,
dépêche d’Hoffmann du 29 août 1916
adressée à Metternich.
22 - Lepsius, op. cit., p. 240, datée
du 25 décembre 1916.
23 - Osmanli Belgelerinde Ermeniler
(1915-1920), T.C.BaÒbakanlik
Devlet ArÒivleri Genel
Müdürlüfiü, Osmanli
ArÒivi Daire BaÒkanlifii,
yayin Nu : 14, Ankara 1994 (dorénavant cité T. C.
BaÒbakanlik), 30Ra1334, 5
Òubat [février]
1915, EUM, [Dh. Òfr,
60/239], doc. n° 167.
24 - Public Record Office, FO 371/2492, file
200 744, rapports des 29, 30 et 31 décembre 1915.
25 - Bibliothèque Nubar, Archives de
la Délégation nationale arménienne, P.I. 1er
février, Correspondance Arménie, I, lettre de H.
Zavrieff à Boghos Nubar ; Arménie III, janvier-mars
1916, lettres de H. Zavrieff à Boghos Nubar.
26 - Arthur Beylérian, Les grandes
puissances, l’Empire ottoman et les Arméniens dans les
archives françaises (1914-1918), Paris 1983, pp. 156-162 ; C.
Jay Smith, The Russian Struggle for Power (1914-1917), New York 1956
; documents publiés dans Razdel Aziatskoi Turtsii (RAT),
Moscou, Commisariat du peuple aux Affaires étrangères,
pp. 141-151 ; éd. en allemand, Die europaïschen
Mächte und die Türkei während des Weltkrieges :
Konstantinopel und die Meerengen, éd. E. A. Adamov, 4 vol.,
Dresde 1930-1932.
27 - Ibidem, p. 156.
28 - AMAE, Guerre 1914-1918, Turquie, vol.
871, 125er°-v°, Ibidem.
29 - Médecin militaire,
réputé pour son dévouement, celui-ci n’a
pas hésité à fonder un hôpital russe dans
la plaine de Mouch en 1908, après une tentative infructueuse
sous le régime d’Abdul-Hamid. Depuis 1903, il avait
adhéré au parti Dachnag dont il fut plus tard un des
dirigeants. Il joua déjà un rôle crucial dans l’affaire
des réformes dans les provinces arméniennes de l’Empire
ottoman, entre 1912 et 1914, puis comme vice-gouverneur des provinces
occupées par l’armée russe : Gabriel Lazian,
Heghap'okhagan temk'er [Figures révolutionnaires], Le
Caire 1945, pp. 250-258.
30 - Bibliothèque Nubar, Archives de
la Délégation nationale arménienne, P.I. 1er
février, Correspondance Arménie, I, lettre-rapport de
H. Zavrieff à Boghos Nubar, de Londres le 9 août 1915,
15 pp.
31 - Lazian, op. cit., p. 259.
32 - Cf. note 28.
33 - AMAE, Guerre 1914-1918, Turquie, vol.
871, ff. 128-129, lettre du 28 décembre 1915 aux ambassadeurs
français à Rome, Londres et Pétrograd,
publiée par Beylerian, op. cit., pp. 157-158.
34 - AMAE, Guerre 1914-1918, Turquie, vol.
871, f° 132, lettre de Pétrograd du 30 décembre
1915.
35 - AMAE, Guerre 1914-1918, Turquie, vol.
871, f° 134r°-v°, note de l’ambassade de Russie
à Paris du 31 décembre 1915, ibidem, p. 159.
36 - Bibliothèque Nubar, Archives de
la Délégation nationale arménienne, P.I. I/2,
Correspondance Arménie III, janvier-mars 1916.
37 - Ibidem, lettre de Paris, le 18
février 1916.
38 - Ibidem.
39 - Jay Smith, The Russian Struggle for
Power..., op. cit., pp. 354-358.
40 - Kévorkian, « L’extermination
des déportés arméniens ottomans dans les camps
de concentration de Syrie-Mésopotamie (1915-1916), la
deuxième phase du génocide », op. cit.
41 - Archives centrales de la Marine, SS A
166, rapport du Service des Informations de la Marine dans le Levant
au ministère de la Marine, daté du 21 février
1918, publié par Beylerian, op. cit., p. 507.
42 - Österreichisches Staatsarchiv,
HHStA PA XL, dossier 275, n° 34. Propos tenus
spontanément devant le député Natanian effendi
que la presse ottomane se garda de reprendre publiquement. L’ambassadeur
ajoute toutefois que « cette volte-face de Talaat est due en
première ligne à Djavid bey, qui n’aurait
accepté d’entrer dans le Cabinet qu’à cette
condition ».
43 - C’est-à-dire la Direction
générale pour l’installation des Tribus et des
émigrés, qui supervisait la Sous-direction des
Déportés d’Alep.
44 - Österreichisches Staatsarchiv,
HHStA PA XL, dossier 275, n° 39.