Britische Quelle 1879 · Rouben-Memoiren · Osmanische Quelle 1895

Britische Quelle zur Situation in den «armenischen Provinzen» 1879


Vizekonsul Clayton aus Van, Nov. 1879, Lagebeurteilung und Reformpostulate:

[...] We will now pass to the consideration of the particular evils, consequent on the vices of Turkish government, from which the people in the Armenian provinces are suffering and the measures that may be taken for their removal.
The people in the Armenian provinces suffer under the following provincial evils:


[Der Autor macht im folgenden Reformvorschläge: Den Vali solle ein europäischer Ratgeber begleiten, die Provinzverwaltung mehr Autonomie gegenüber dem Zentrum erhalten. Als Gegengewicht zur korrupten Justiz brauche es europäische Appellationsrichter. Sukzessiv sei ein parlamentarisches System auf Provinz- und Kreisebene zu entwickeln. Das Steuersystem müsse durch europäische Inspektoren überwacht werden, die Empfangsscheine der Steuerhebung seien sowohl türkisch als auch in der Lokalsprache auszufertigen. Er beendet seinen Bericht wie folgt:]

I must reiterate my strong feeling that no real reform is possible here without the co-operation of European officials. Subjects of the Porte, even if Christians, will not answer the purpose. They would not have sufficient character and independence for the difficult tasks that would fall to their lot.
I have been obliged to consider the possibility of having to oppose Russia, but I have been able to notice, in conversation with the Turkish officials, a great anxiety to find out our real relations with that Power, and a scarcely-concealed exultation at any report of differences between the two nations, so that I cannot help feeling that it would be a great advantage in our dealings with Turkey if we could establish a cordial understanding with Russia.
I put forward the suggestions contained in this paper with the utmost diffidence, but I may be permitted to point out that in the scheme of reform I have sketched out there is provision made for the principal things that I have argued should be attended to. There would be a strong executive in the Vali with his English assessor and increased powers, able to control the heterogeneous elements of the population and thus providing for present security; the administration of justice and finance would be improved, and at the same time, by enlarging the functions of the Idare Medjliss [Provinzrat] and providing for a modified popular election of its local members, the political education of the people would be begun. How far that education could be carried under the present régime circumstances alone could show, but the manner in which, if circumstances permitted, it could be carried further is indicated, viz., by the gradual grant of legislative power to the Idare Medjliss. If the separation from the Turkish Empire came, there would be the germs of an autonomous organization ; the English assessor to the Vali would remain for a time as assistant to the new ruler, and the European judicial and financial officials would also remain to carry on traditions till the new nation became able to stand alone, when the foreign aids might be withdrawn.
It would no doubt be difficult to induce the Porte to consent to the appointment of such European officials as I have suggested, but I am certain that no measure short oft his will be effectual in introducing adequate reforms into this province at all events, for the feeling of hostility to the Christians on the part of the Moslems has been greatly increased by the appeal made to, and the interference of Europe; and if adequate reform is not introduced I am convinced that a general appeal will be made by the Armenians to Russia before the middle of next summer.

(Signed) EMILIUS CLAYTON, Captain, R. E., Her Britannic Majesty's Vice-Consul, Van.

F. O. 424/106, S. 34-40, Nr. 13/10; als Anhang eines Briefes an seinen Vorgesetzten Major Trotter vom 29. 11. 1879, abgedruckt in: Simsir, Bilal, British Documents on Ottoman Armenians, Bd. I: 1856-1880, Ankara: Türk Tarih Kurumu Basimevi, 1982, S. 645-655.

 

Mémoires d’un partisan arménien


Minas Ter-Minassian, dit Rouben, né en 1882 à Akhalkalak (Géorgie) dans une famille émigrée d'Erzerroum après la guerre russo-turque de 1878, mort à Paris en 1951. Il fit ses études à Moscou, puis à Tomsk. S'engagea dans la P.R.A. en 1903, et réussit à gagner le "Pays" - l'Arménie de Turquie - en 1905. Rouben fut ministre de la Guerre et de l'Intérieur de l'éphémère République indépendante d'Arménie (1918-1920). Après la soviétisation du pays il se retrouve en Perse puis à Paris, où il rédige ses Mémoires, six volumes qui sont sans cesse réédités en arménien pour une communauté dont il symbolise "une conscience".


[...] Dès 1889-90, la bande d'Arabo [surnom d'un Arménien] avait presque le caractère d'un groupe de fédaïs. Arabo était vraiment devenu le protecteur des Arméniens. Il avait été transformé par les évêques Nersès Kharakhanian, Vardan, Hovhannès et Ghazar et par les révolutionnaires de passage comme Archak et Hovsep Arghoutian. Ces influences, conjuguées aux événements de Varténis et à la résistance offerte çà et là par des rayas arméniens, convainquirent définitivement ce montagnard rebelle et ses compagnons qu'ils étaient appelés à sauver le peuple arménien des oppressions kurde et gouvernementale par les armes. Et Arabo leva l'étendard contre les achirets [Stämme], contre le giechlagh [kıfllık, Versorgung kurdischer Nomaden wàhrend des Winters], contre le khafrat [Abgabe an Lokalherren], contre les impôts iniques, contre le pillage et toutes les oppressions. Voulant faire des Arméniens un peuple libre, c'est vraiment à lui que revient l'honneur d'avoir le premier engagé une lutte révolutionnaire organisée contre l'ensemble du système d'injustice régnant dans la région Tarone-Montagnes [région de Mufl]. Il tenta d'unir le peuple arménien et de le soulever contre les tyrans.
Dépourvu de talents et de moyens de propagande, il ne put toutefois « persuader » que par la violence et la terreur. Pour venger les combattants de Vardénis, il fit exécuter trois res [chefs de village] délateurs. Il croyait que c'était chose facile de mener le peuple arménien à la révolte et de l'extraire de sa condition servile. Il n'avait pas conscience qu'il était d'abord nécessaire de préparer l'âme et l'esprit du peuple, comme peuvent y parvenir des années d'éducation et de prédication persévérante. C'est sans doute parce qu'il avait mal compris la psychologie des masses qu'il finit par être lui-même victime de la délation et de la conspiration populaire.
[...]
Malgré sa triste fin et la dispersion de son groupe, Arabo a laissé de très profondes traces dans les cœurs. Il ouvrit une voie nouvelle aux révoltés arméniens. Arabo est l'authentique héritier de David de Sassoun et d'Alexan. Il laissa un précieux message à la génération suivante, en lui montrant que l'Arménien lui aussi est capable de prendre les armes et de lutter avec elles contre la féodalité kurde. Il donna au peuple la conscience que ce pays était le sien, et que Kurdes et Turcs y étaient de nouveaux venus. En bref, il fut à l'origine du mouvement fédaï.
En ces années, le peuple ne voyait pas clairement par quelles voies il parviendrait à sa libération. D'un côté, il envoyait des représentants, des télégrammes et des suppliques au gouvernement «bienveillant», en croyant naïvement que quand le sultan serait au courant de leur cruelle situation, il libérerait ses fidèles paysans du joug des tyranneaux locaux. De l'autre, les Arabo, Mekho et Lévone livraient combat au gouvernement et aux Kurdes pour la défense des opprimés. Ces deux voies étaient fondamentalement différentes, mais reflétaient toutes deux la conviction générale que l'ordre existant devait être changé.
Il est intéressant de constater que jusqu'en 1891, la communauté arménienne de Darone-Montagnes n'avait placé ses espoirs que dans l'unité intérieure, la résistance et les armes. Comme exemple de la mentalité de cette époque, deux ou trois extraits d'un article envoyé du Tarone par Mouchegh au journal Hentchak méritent d'être cités (N°6, 1891). Après avoir rendu compte en détail de l'oppression et du harcèlement au Tarone et ailleurs, I'auteur donne des conseils qu'il faut relever: «Nous n'avons rien à attendre de l'Anglais ou du Français. Le Russe est pire que le Turc. Nous ne pouvons nous libérer de cette situation que par la fraternité, I'espoir et l'amour... » Puis il ajoute: «Nous avons versé beaucoup de larmes blanches. Versons un peu de sang rouge. Vous verrez ce que cela donnera.» Il n'a d'espoir ni dans le gouvernement, ni dans les conservateurs. Aussi écrit-il: «Curés et évêques nous invitent à prier... Mais ils n'arrivent même pas à sauver leurs propres têtes de l'oppression.» Les idées de Mouchegh étaient le reflet fidèle de la mentalité populaire de l'époque. Enthousiasmée par les actions des Arabo, elle ne s'intéressait ni à la politique ni aux problèmes internationaux, elle avait seulement le désir de verser du sang, pour voir «ce que cela donnera».
* * *
[...] La réunion [des fédaïs du Dourane, juillet-août 1906] dura sept jours et aboutit aux décisions suivantes:

1. Réorganisation du parti [dachnak]
Le village ou le quartier urbain est l'unité de base de 1'organisation du parti. Chacune constitue une milice de cinq à cinquante hommes choisis parmi les membres, avec chefs, chefs de groupes et nouvelles recrues. Chaque homme doit disposer d'une arme et d'au moins cinquante balles. Chaque village doit avoir pour les hommes et les armes des caches dont l'emplacement n'est connu que du chef et de ceux qui sont affectés à sa garde.
La milice a pour mission de défendre le village contre toute attaque. La nuit, elle a ses veilleurs. La milice héberge, garde et guide les fédaïs, mais elle ne s'éloigne de son village pour des missions extérieures que sur ordre du conseil responsable de Dourane/Montagnes. Dans la vie de tous les jours, les membres de la milice se comportent comme de simples villageois en s'efforçant d'avoir une attitude conforme à l'orientation générale du parti.
Dans les villages, les jeunes encore peu expérimentés constituent un groupe auxiliaire qui est la pépinière de la milice. Leur devoir est d'assimiler les idéaux révolutionnaires. Ils fournissent des messagers, recueillent des informations et en font part au Sous-comité. Ils assurent aussi la garde de jour.
La population restante est exempte de cotisations, mais les riches doivent posséder une arme personnelle et subvenir aux besoins de l'école, de l'Eglise et des autres institutions villageoises. La population a ltobligation d'accueillir les fédaïs et de participer aux travaux communautaires. Les villageois «inorganisés» participent à l'élection de la direction du village.
La direction du village est une institution reconnue par les lois ottomanes (ekhtiar medjelessi ou conseil des anciens). Il faut en faire un rouage du parti. On élira donc comme res (chef de village) un membre du groupe armé et on fera confirmer sa nomination par le gouvernement après accord du comité de district. Le res, l'adjoint au chef de la milice, le chef du groupe auxiliaire, l'instituteur et le prêtre assureront la direction effective et légale du village, le règlement des problèmes internes et toutes les liaisons administratives.
Les chefs des milices ou des groupes auxiliaires élisent un comité de district responsable des affaires populaires et partisanes locales. Plusieurs comités de district élisent le Comité central.
Le conseil responsable est constitué par les représentants de la F. R. A. [Fédération Reévolutionnaire arménienne] Dachnaktsoutioun et par deux camarades locaux choisis par eux. Les Comités centraux, comme les fédaïs, sont soumis à son autorité et doivent scrupuleusement exécuter ses ordres. Ce n'est qu'après qu'ils peuvent protester auprès du bureau ou à la réunion générale de chacun des Comités centraux.
La région fut soumise à deux Comités centraux, celui de Dourane et celui des Montagnes. [...]

2. Groupes armés et fédaïs
Chaque comité de district doit avoir à sa disposition un groupe armé mobile dirigé par l'un de ses membres et composé des combattants les plus fidèles et les plus expérimentés, capables de devenir par la suite des chefs de milices locales. Le groupe armé n'est mobilisé que sur ordre du comité de district. En dehors de ces périodes, ses membres vaquent à leurs occupations normales. [...]
Les fédaïs n'interviennent ni dans les questions administratives, ni dans les problèmes populaires, sauf s'ils en ont l'ordre écrit des comités ou du conseil. Leur rôle est d'entraîner les milices à l'action militaire et de leur enseigner l'histoire de la révolution. S'il y a danger, ils coordonnent les milices et les groupes armés et dirigent la résistance.

3. Ressources du parti
Les membres des milices versent des cotisations proportionnées à leurs rnoyens. Elles sont entièrement affectées à l'armement.
Les membres des groupes auxiliaires versent aussi une cotisation, dont le quart va au conseil responsable pour les besoins des fédaïs, la moitié à l'achat d'armes pour le groupe, le dernier quart au groupe armé du district et aux dépenses du comité.
Les paysans sont exempts de redevance. Une fois l'an, toutefois moitié des produits d'une collecte faite avec l'accord du conseil responsable est affectée à l'école et aux prisonniers, un quart est destiné au groupes armés, le dernier quart va au conseil responsable.
Les amendes et les donations sont entièrement mises à la disposition du conseil responsable.
Il est absolument interdit de recucillir des fonds en dehors de ces pro.cédures. On peut toutefois créer des Fonds de soutien culturel ou communal, ou des réserves qui permettront de résister par l'argent aux pressions gouvernementales. Mais tous ces fonds ne peuvent être constitués qu'avec l'accord du comité responsable et ne peuvent dévier de leur objectif. Par exemple, si l'on recueille collectivement l'achar [den Zehnten] du village, le bénéfice ne pourra être utilisé que pour l'achat de terres, pour des pots-de-vin, pour l'école ou pour le monastère, à la convenance du village. La mise en semence des terres récupérées se fait au bénéfice de tous.
Les aides en provenance de l'extérieur sont exclusivement consacrées aux besoins généraux et aux fédaïs.
Personne ne recoit la moindre rétribution pour ses services. Les dépenses générales couvrent seulement la fourniture d'armes et d'uniformes.

4. Question kurde
Nos objectifs sont l'union avec les Kurdes et l'accord avec eux sur nos idéaux. Comme la situation du raya kurde est identique à celle du raya arménien, il faut tenter de les organiser à notre image, en s'opposant par la propagande aux religieux qui tentent d'exacerber l'hostilité entre les deux peuples. On commencera par les villages mixtes, en portant attention sur les Demlis [Kurdes alévis] dont les bonnes dispositions envers nous se sont détériorées Mais il faut éviter les groupes mixtes, à la fois pour se garder contre leur inconstance et pour ne pas donner de nouveaux arguments à leurs adversaires.
Les achirets sont des fléaux pour nos deux peuples. Mais on peut profiter de la rebellion de certains d'entre eux pour les rallier à nous, même au prix de certaines concessions sur le plan des principes.
Ghassem beg nous est resté fidèle. On lui accordera un statut de comité dans les districts de Khout et d'Ovassis, et on pourra former avec seS hommes un groupe armé mixte. Dans le district de Bingöl, on considèrera que Zeinal beg de Khormenk est le représentant du parti. On enverra des missions à Mardine auprès du chef de tribu Ibrahim pacha, et à Diyarbékir auprès de l'achiret des Pintchanar, pour essayer de conclure des alliances avec eux. Au conseil responsable et dans chacun des Comités, une ou deux personnes s'occuperont spécialement des relations avec les Kurdes.

5. Ghabilats [Klan] turcs et mouhaddirs [muslimische Immigranten]
Par l'intermédiaire des ghabilats, le gouvernement s'approprie les terres des villages pour que les paysans sans terre émigrent. Les mouhadjirs qu'il installe à leurs places sont une calamité pour la population. Avec les Kurdes, qui sont également menacés, donner priorité à l'expulsion des mouhadjirs Le conseil responsable préparera un plan d'action à cet effet.

6. Nos exigences vis-à-vis du gouvernement
Notre seul but politique est l'établissement de la liberté et de l'égalité. Il faut en convaincre la population turque et l'armée, et désirer avec eux le changement du gouvernement.
Nos exigences minimales sont: I'éloignement des mouhadjirs vers d'autres terres libres; la restitution des terres qui ont été saisies; la collecte des impôts par les res; la nomination des fonctionnaires proportionnellement aux ethnies de la population; la libération des prisonniers; le désarmement des brigands ou le droit pour les Arméniens de s'armer; l'amnistie pour les arriérés d'impôts.
Par des tracts, on fera connaître ce programme aux militaires et aux fonctionnaires.

7. Multazims [Steuerpacht, übernommen durch den Meistbietenden bei der Pachtversteigerung]
La collecte de la dîme par le système des multazims provoque la ruine de l'économie rurale et l'émigration. Il faut le neutraliser en faisant participer l'ensemble des villageois, sous le nom de l'un d'entre eux, aux enchères de la charge. On laissera faire si les multazims font monter les enchères trop haut, mais on n'épargnera aucun effort pour que l'adjudicataire y perde. On le menacera, on brûlera sa collecte, on pourra aller jusqu'à l'exécuter si le Comité central est d'accord.

8. Question agraire
Le dessein du gouvernement est de priver les paysans de leurs terres pour les forcer au départ. Aucun Arménien n'est plus autorisé à vendre sa terre à un Turc ou à un Kurde, sous peine d'être puni comme traître. Aucune terre ne sera plus hypothéquée à la banque agricole. Les hypothèques existantes devront être libérées par le propriétaire ou ses parents. S'ils en sont incapables, la terre sera achetee par un autre villageois ou par le village tout entier. Dans ce dernier cas, la terre deviendra propriété communale.
On essaiera de racheter pacifiquement les terres sur lesquelles le beg ou l'agha ont déjà mis la main. Si l'on n'y réussit pas, on compromettra sa récolte en ouvrant les rigoles d'irrigation, en y mettant le feu, en endommageant ses vergers, jusqu'à ce qu'il se dégoûte et vende. Au besoin, et avec l'accord du conseil responsable, on pourra détruire sa villa ou l'exécuter.

9. Enseignement
Il n'y a que quinze écoles dans toute la région de Dourane/Montagnes. La privation d'enseignement favorise la désagrégation de la population. Avec le dixième des ressources provenant de la réforme du multazimat et une part du revenu des donations religieuses, on assurera l'instruction obligatoire. L'écrivain [sic, gemeint ist Schreiber] de village ou le prêtre feront fonction d'instituteurs jusqu'à l'arrivée d'un professionnel.
Aux villages qui n'ouvriraient pas d'école, on prélèvera tous les revenus de l'église et on infligera une amende au profit du village voisin qui arsa suivi la directive.

10. Justice
Les tribunaux d'Etat sont sources d'injustice et de frais. Il est interdit d'y avoir recours. Les causes seront jugées, selon leur importance, par le Sous-comité ou les instances supérieures du parti. Le verdict du conseil responsable sera définitif. Tous les procès seront sans frais. Les Turcs et les Kurdes pourront avoir recours à ce système s'ils s'engagent par écrit à s'y soumettre.

11. Armement
Il faut rester en armes aussi longtemps que les autres peuples ne sont pas désarmés et qu'il y a menace de massacres. [...]


Rouben (Ter Minassain, Minas), Mémoires d’un partisan arménien, La Tour d’Aigues: édition de l’aube, 1990 (1922-52), S. 106-10, 271-73



Osmanische Quellen über revolutionäre Umtriebe in der Provinz Sivas (1895)


Aus SimSir, Bilal, Documents diplomatiques ottomans. Affaires arméniennes, Bd. 2 (1894-95), Ankara: Türk Tarih Kurumu, 1989


Saïd Pacha, Ministre des Affaires Etrangères Ottoman, à Ziya Pacha, Ambassadeur Ottoman à Paris, à Rustem Pacha, Ambassadeur Ottoman à Londres
SUBLIME PORTE, le 24 Janvier 1895
No. 12262/10
Circulaire
Monsieur l'Ambassadeur,
J'ai l'honneur de vous transmettre ci-joint copie d'un télégramme par lequel le Gouverneur Général du Vilayet de Sivas nous informe qu'une lettre séditieuse signée "les révolutionnaires" a été jetée dans les maisons de quelques arméniens et protestants établis à Amassia.
Je vous prie de faire de cette pièce tel usage que vous jugerez convenable. Veuillez agréer etc.
(Signé) SAID

Annexe: Copie du télégramme du Gouverneur Général de Sivas du 8 Janvier 1310.
Le Gouverneur d'Amassia me télégraphie que cinq proclamations imprimées en arménien signées par les agitateurs ont été jetées dans les maisons de quelques Arméniens et protestants de localité.
D'après ce télégramme ces proclamations contiennent des plaintes contre le Gouvernement Impérial, l'arrivée du moment de l'indépendance, des idées malveillantes, des menaces contre ceux des Arméniens qui sont contraires à leurs idées et de les exciter à l'agitation.
J'ai l'honneur d'informer V.E. que j'envoie par poste la copie de ces proclamations et que j'ai donné l'ordre audit Gouverneur de trouver les coupables.


Saïd Pacha, Ministre des Affaires Etrangères Ottoman, à Zia Pacha, Ambassadeur Ottoman à Paris
SUBLIME PORTE, le 7 février 1895
No. 12414/19
Monsieur l'Ambassadeur
Pour faire suite à ma dépêche circulaire du 24 janvier dernier No. 12262/10 j'ai l'honneur de vous transmettre ci-joint la traduction de l'écrit séditieux y mentionné.
Je crois devoir vous informer à cette occasion que les autorités Impériales ont déjà ouvert une enquête pour découvrir les auteurs de ce libelle. Veuillez agréer etc.
(Signé) Saïd

Annexe: Copie de l'écrit séditieux jeté dans quelques maisons d’arméniens d’Amassia

Le but de la révolution arménienne est d'abord l'indépendance nationale et tout de suite aprés la formation d'une monarchie indépendante [sic! gemeint wäre démocratie]. Peuple arménien, le Gouvernement turc a atteint sa fin. Il y a encore une perte pour le peuple arménien et elle est aussi en train de se produire. Le temps propice pour le peuple arménien d'accomplir son immense devoir historique est arrivé. Que, chaque arménien connaisse son devoir sacré: et de la sorte il conquerra plus vite la liberté qu'il désire. Arméniens, ce n'est pas le moment de rester inactif, c'est là le devoir sacré de tout arménien. Il faut se servir de tous les moyens pour rompre enfin cette chaîne qui n'a cessé de s'appesantir sur l'arménien depuis tant de siécles. Il faut se soustraire au joug du Gouvernement turc barbare et tyrannique. Il est nécessaire, quand l'arménien conquerra son indépendance nationale au prix de son sang, de former immédiatement un état indépendant pour ne pas retomber sous le joug d'un autre gouvernement. Voilà en résumé la considération de cet état. Le Président sera élu par le peuple, les fonctionnaires seront nommés par le peuple, les lois et les règlements seront faits par le peuple. Le Gouvernement enfin sera entre les mains du peuple, qui que ce soit, celui qui agira contrairement aux lois sera puni sans aucune distinction. Tout le monde sera soldat, la presse sera libre, des sociétés de toutes sortes pourront se former, des écoles s'ouvriront pour les enfants; tout ce qui met un peuple au-dessus des peuples civilisés sera fait et alors la voie sera ouverte pour l'amélioration, le repos et le progrès de l'homme. Vive l'Arménie, Vive les révolutionnaires. De la part des révolutionnaires.